Situation des demandeurs d'asile : ils brisent le silence

Les associations de défense des sans papiers mobilisées hier à Epernay n'ont pas lésiné sur les moyens pour sensibiliser les passants.
Hier après-midi à Epernay, une quinzaine de personnes habillées de noir, le visage caché par un masque blanc se sont figées place Hugues-Plomb, en un cercle silencieux, auprès de panneaux retraçant des situations de répression de sans papiers.
« C'est le moyen de faire passer des messages auprès de la population, sur les sans papiers et sur les problèmes d'expulsion. On est aussi inquiets qu'il y ait de plus en plus d'enfants dans les centres de rétention » commente Sylvie Colin, membre de Réseau éducation sans frontières (RESF). Ce mouvement compterait soixante noms sur Epernay.
Cette mise en scène, avec l'appui d'autres associations (1), n'a pas manqué de titiller la curiosité des passants, comme Christophe. « Quand je vois le mot « expulsion », ça me fait frissonner, car je suis moi-même en passe d'être expulsé de mon logement » dit-il.
« Peut-on encore se taire ? », « Cette France-là, vous l'aimez ? » « Laissez-les grandir ici ! » pouvait-on lire sur les panneaux inlassablement mis à terre par le vent.
Avec en plus quelques exemples concrets sur des situations vécues à Epernay. « Cela s'est passé en novembre 2007 » précise Sylvie Colin avant de relater : « Il y a eu une petite fille de 4 ans emmenée avec sa maman malienne du commissariat d'Epernay dans un centre de rétention de Rouen où personne ne s'est soucié de la nourrir avant 15 heures ».
Il y a aussi l'histoire de ce père d'un bébé d'un mois, âgé de 19 ans, d'origine africaine, « qui a passé trois nuits dans une cellule de garde à vue de 3 m2 avec une planche de bois en guise de lit, et évité l'expulsion de justesse car il était de nationalité française »…
Les passants ont griffonné quelques mots sur le mur d'expression. « Merci de réveiller nos consciences », « félicitations pour les moyens employés ».
Fabienne Nouira-Huet
(1) CIMADE des Ardennes, CIMADE 51, (associations d'entraide aux étrangers Ici et là-bas), le comité catholique contre la faim et pour le développement et la ligu des Droits de l'Homme, RESF de Châlons et Reims, l'ACAT.
L'Union du 2/03/2008