La « lepenisation des esprits », socle utile à l’UMP
En recyclant une partie des thèses du F-Haine, la droite prend consciemment le risque d’en faire la promotion. Avec au bout du compte la menace de voir les électeurs préférer l’original à la copie, comme lors des dernières régionales. Mais l’UMP s’enferme dans son choix : plus Sarkozy dégringole dans les urnes et les sondages, plus il actionne le levier du F-Haine.
Pourquoi ? Au-delà des calculs politiciens, la droite théorise qu’il y aurait quoi qu’il arrive, de l’utilité pour imposer son projet de société. Car la « lepenisation des esprits » favorise les reculs sociaux. Le Pen père et fille font le sale boulot en incitant à se tromper de colère, à s’en prendre aux étrangers. Une fois passé le rouleau compresseur de l’apprentissage du racisme, il devient plus facile de mener vers l’impasse libérale les citoyens en perte de repère. L’UMP s’appuie sur les mécanismes ainsi enclenchés.
Pour que le débat ne s’oriente pas vers une mise en cause des politiques libérales, il faut pousser les citoyens à regarder ailleurs. Quitte à pointer du doigt les chômeurs et les rmistes qui vivraient royalement, les malades qui abuseraient de soins, les jeunes des banlieues et les sans papiers qui mettent en danger notre république... Tout y passe. Et de nouvelles cibles apparaissent au fil de l’actualité. Dernièrement, ce sont les grecs qui viennent de se transformer en un peuple profiteur, passé maître dans l’art de la fraude fiscale généralisée. C’est tout ce monde qu’il faudrait sanctionner, réprimer, surveiller, expulser. Et les grecs ? Ce n’est pas un système qui est en cause. Non, c’est un peuple qu’il faut mater et asphyxier, au risque sinon d’une contagion. Voilà le bruit de fond tristement efficace qui est distillé quotidiennement. Efficace parce que pré mâché, facile à véhiculer, et formidablement destructeur pour la solidarité et la citoyenneté.
Surfant sur la « lepenisation des esprits », la droite ne cesse d’en rajouter. Prenons un seul exemple, qui vient du département voisin. Le Conseiller général UMP des Ardennes, Pierre Cordier, est intervenu publiquement pour dire que « depuis 30 ans, ce sont toujours les mêmes qui trinquent (…), tous ces Ardennais qui paient sans rien dire et qui voient leur voisin obtenir une panoplie d’aides parce qu’ils ne travaillent pas ». Ah, ces voisins, ces pauvres qui trafiquent et vivent comme des riches ! Voilà l’explication de la crise. Il faut donc bien leur serrer la vis, leur supprimer les allocs, leur démanteler les services publics dont ils abusent, et les retraites qu’ils ne sont pas assez nombreux à payer pour cause de démographie. « C’est de la faute aux autres » : Le Pen a (ré)ouvert la voie, l’UMP s’y engouffre et n’en sortira plus. La tâche est immense pour les progressistes. La gauche doit barrer la route aux uns et aux autres avant qu’ils ne forment qu’un.
Depuis 25 ans, la seule diabolisation du F-Haine a montré son inefficacité. Comme pour la lutte contre le racisme, la bataille contre « le rejet de l’autre » doit être politique. Pour recréer l’espoir et une alternative crédible à gauche.