Au secours des urgences

Publié le par Section du Parti Communiste d'Epernay

Une maison médicale comme celle de Nice, associant hospitaliers et médecins de ville, peut faire tomber la fièvre aux urgences, mais pas guérir le CHU le plus endetté de France.

Le 26 décembre, 209 pa-tients, 222 le 1er janvier, 218 le 2 janvier et des délais d’attente dans un couloir se montant jusqu’à huit heures : durant la récente période des fêtes, les urgences du CHU de Nice ont connu une situation qualifiée par le quotidien Nice-Matin de « quasi apocalyptique » ! Et pourtant, la maison médicale attenante aux urgences de l’hôpital Saint-Roch a tourné à plein. Ce qui fait dire au Dr Luc Terramorsi, médecin libéral et hospitalier, codirecteur du « 15 » et représentant de l’Association des urgentistes (AMUF) sur la Côte d’Azur, que « l’hôpital ne peut plus garantir aujourd’hui la sécurité totale du patient », compte tenu des difficultés matérielles dans lesquelles se débat un personnel soignant de plus en plus « écoeuré », tout en soulignant néanmoins les bienfaits, en matière d’organisation des soins, de la maison médicale.

 

Cette maison, qui n’est autre en fait qu’un cabinet médical classique, a été créée, en 2004, au sein même de l’hôpital Saint-Roch, ce qui en fait son originalité. La demande est venue des médecins urgentistes du CHU, qui voulaient que soient traités avec la même attention celui qui se présente aux urgences en toussant ou celui ayant un infarctus. « Il s’agissait donc d’instaurer une collaboration avec la médecine de ville pour réintégrer des patients qui n’ont souvent plus de repères dans le circuit du droit commun, tout en améliorant le flux des gens qui ont vraiment besoin d’accéder rapidement à un plateau technique », résume le Dr Terramorsi.

Dans la pratique, une personne qui se présente aux urgences de Saint-Roch après 19 heures et jusqu’à 0 h 30 (après 10 heures les samedis et dimanches) est accueillie par une infirmière qui, en cas de simple bobo apparent, lui fera prendre l’ascenseur menant directement à la maison médicale. Là, elle sera examinée par un médecin qui lui délivrera une ordonnance ou l’orientera vers un service hospitalier.

Actuellement, 14 médecins assurent à tour de rôle les permanences de la maison médicale. La moitié sont des généralistes de la ville. Et, bon an mal an, le cabinet de Saint-Roch reçoit entre 5 000 et 6 000 personnes ! C’est donc une affaire qui tourne, même si un médecin libéral ne peut pas vivre que de ces permanences, et qui se double de la satisfaction de pouvoir rendre un service appréciable à l’hôpital public en soulageant ses urgences.


Pour autant, la maison médicale n’est pas la panacée pour les urgences, ni le remède miracle aux carences et souffrances de l’hôpital. D’autant plus à Nice, où la « clientèle » des urgences est pour beaucoup constituée de personnes âgées, qui ont souvent des polypathologies lourdes nécessitant du personnel en nombre. Ce alors que globalement le nombre d’admissions aux urgences augmente de 5 à 10 % l’an et que les moyens humains ne suivent pas : l’été dernier, neuf infirmières en congé maternité n’ont pas été remplacées. « Le CHU de Nice, le plus endetté de France, est soumis à un plan de retour à l’équilibre financier qui se traduit par une pression de plus en plus forte sur les soignants et des prétendues économies qui se font sans écouter les médecins qui ont les mains dans le cambouis », s’indigne le Dr Terramorsi, qui déplore, par exemple, qu’il n’y ait ni cardiologue ni radiologue diplômés aux urgences de Saint-Roch. C’est dire que le discours à Strasbourg de Nicolas Sarkozy ne lui a fait ni chaud ni froid. Maison médicale ou pas, une grève des urgentistes pour à nouveau tirer le signal d’alarme est plus que jamais d’actualité. D’autant que la justice niçoise vient de donner raison à l’AMUF en estimant que l’assignation en priorité de médecins non grévistes ainsi que l’organisation d’un service minimum « porte une atteinte manifestement illégale au droit de grève ».

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